Le Compte Personnel de Formation et la réforme de 2014 sont, non seulement, parvenus à réduire drastiquement l’effort de formation de toutes les entreprises (liquidation du Plan de formation pour certaines, disparition du DIF pour tous les salariés), mais les pouvoirs publics prétendent désormais aller encore plus loin en faisant financer les permis de conduire par ce miraculeux CPF.
Le CPF a divisé par 10 le nombre de salariés pouvant se former individuellement
Après un an de « fonctionnement », les chiffres sont connus
Récoltant 600 millions d’euros par an (0,2 % de la masse salariale, en excluant de cotisations les TPE) pour 15 millions de salariés, ceux-ci étaient donc gratifiés d’un capital formation de 40 euros par an (24 heures de CPF, mais une seule petite heure finançable).
Vendredi dernier l’OPCA du commerce et de la distribution (le FORCO) nous le confirmait : 40 millions d’euros auront été collectés au titre du CPF en février 2016 par cet OPCA (qui couvre 1 million de salariés), soit un montant d’exactement 40 euros par personne.
Le CPF est devenu au fil du temps un déversoir social
Rappelons aussi qu’en 2014, les pouvoirs publics pris en tenaille entre les revendications du Medef et celles des syndicats avaient décidé de jouer à Salomon en faisant du 50/50 (50 % des rémunérations prises en charge par le CPF).
En résumant les choses, le CPF, issu de la loi du 5 mars 2014, est doté de 600 millions pour :
– Former 15 millions de salariés sur des formations longues (150 heures en général, soit 3 à 5 000 euros par formation).
– Abonder (financer des compléments) pour les Congés Individuels de Formation (CIF coutant déjà la bagatelle de 25 000 euros pièce).
– Former le million de chômeurs supplémentaire promis par le président de la République.
En 2015 moins de 60 000 salariés ont pu entreprendre une formation CPF (contre 600 000 DIF annuels jusqu’en 2014). La Cour des comptes, en 2008, avait estimé qu’un DIF généralisé (de seulement 20 petites heures de formation) couterait aux entreprises 12 milliards d’euros (rémunérations comprises).
Malgré cette évidence les pouvoirs publics ont prétendu qu’avec 600 millions on allait pouvoir former plus longtemps (150 heures en moyenne) des millions de personnes (en 6 ans chaque salarié est supposé pouvoir se former 150 heures soit 2,5 millions de salariés chaque année avec son CPF).
Le CPF était déjà ruiné lors de sa sortie règlementaire
Non le seulement le CPF se révèle être de la poudre aux yeux dans un univers une formation proche de la faillite et du chaos organisationnel, mais faisant assaut d’une incroyable démagogie, les pouvoirs publics nous apprennent que désormais les permis de conduire seront eux aussi finançables via cet infortuné CPF.
Le permis de conduire pourra être financé par le CPF
« Le CPF pourra être utilisé pour financer tout ou partie du passage du permis de conduire , selon un amendement gouvernemental au projet de loi Égalité et citoyenneté voté jeudi (30/06) à l’Assemblée. L’amendement précise que toute personne, demandeur d’emploi ou salarié, pourra utiliser ses heures du compte personnel de formation pour la préparation des épreuves du code de la route et de la conduite du permis B ».
Plus d’un million de personnes passent leur permis chaque année
En France, selon le site Ornikar , chaque année plus de 1,3 million de personnes se présentent au permis de conduire (permis B) et environ 760 000 permis sont délivrés.
Imaginons que seulement 30 % des prétendants au permis de conduire tentent de le faire financer par un OPCA (seuls les fonctionnaires ou les étudiants ne le pourraient pas encore), nous aurions 400 000 prétendants au CPF/permis de conduire.
Le prix minimal d’un permis étant de 1000 euros cela couterait chaque année la bagatelle de 400 millions d’euros à la formation professionnelle (600 millions même si on inclut les rémunérations). Avec cette mesure dénuée de tout sérieux, la totalité des fonds dévolus au CPF (ce pilier ruiné de la réforme de 2014) serait utilisée pour le permis de conduire.
La totalité des fonds du CPF engloutis pour le permis de conduire !
Avec cette mesure démagogique (qui ruinerait un peu plus la formation professionnelle et l’espoir de montée en compétences pour les salariés), les pouvoirs publics prouvent à l’envi que le CPF est condamné, que cette trouvaille paritaire et politique n’aura servi que d’affichage social le temps d’un quinquennat.
Pour rendre le permis accessible, il suffit de baisser sa TVA
Si les pouvoirs publics veulent réellement aider les jeunes à passer leurs permis, il existe une mesure très simple qu’ils peuvent décider très rapidement : baisser la TVA à 2,2 % par exemple au lieu des 20 % actuels.
En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-158615-la-mort-prochaine-du-compte-personnel-de-formation-cpf-2011650.php?uooxR32ttg2dBT3O.99